La recherche est un volet important de la gestion de la carpe asiatique. Les recherches se poursuivent pour trouver un plus grand nombre de moyens d’empêcher l’arrivée de ces espèces, de les contrôler et de les éradiquer. Les scientifiques visent quelques facettes clés du problème :

  • La biologie et le comportement des carpes asiatiques dans les environnements où une population est déjà établie (p. ex. dans les eaux des États-Unis, à l’exclusion des Grands Lacs) ou dans les milieux où leur arrivée est prévue.
  • Les répercussions sociales, économiques et environnementales de l’établissement d’une population.
  • Les méthodes de prévention, de surveillance et de détection.
  • Méthodes de contrôle

Biologie et comportement

Pour comprendre les répercussions des carpes asiatiques, il importe de comprendre leur biologie et leur comportement. À l’heure actuelle, il n’existe pas de population établie dans les eaux canadiennes des Grands Lacs. Une étude récente démontre que la carpe de roseau a frayé dans la rivière Sandusky, qui se verse dans le lac Érié (Embke et coll. 2016). En vue de mieux comprendre la dynamique de la reproduction de la carpe de roseau, on en a capturé quelques-unes dans la partie ouest du lac Érié sur une période de trois ans. Sur les 60 individus capturés, 86,7 % étaient capables de se reproduire (Wieringa et coll. 2016). D’après l’évaluation des risques posés par les carpes à grosse tête (la carpe à grosse tête et la carpe argentée) dans les Grands Lacs menée par Pêches et Océans Canada en 2011, nous savons que ces espèces pourraient survivre dans les Grands Lacs; la probabilité qu’un seul événement introduisant accidentellement quelques individus adultes mène à une population établie est élevée (Cudmore et coll. 2012, Cuddington et coll. 2013).

Répercussions

L’établissement de populations de carpe asiatique dans les Grands Lacs pourrait avoir des effets écologiques et socio-économiques dévastateurs. Dans les régions où des populations sont déjà établies, elles ont eu des répercussions négatives, non seulement sur l’écosystème, mais aussi sur les industries de la pêche commerciale et récréative (Kolar et coll. 2007). On prévoit qu’une population de carpes asiatiques pourrait s’établir dans le lac Érié et atteindre une biomasse supérieure à celle des espèces indigènes ayant une fonction similaire dans l’écosystème (Wittmann et coll. 2014).

À quel point la présence de carpes asiatiques a-t-elle des répercussions négatives sur les espèces de poissons indigènes?

D’après les recherches menées à ce jour, il semble qu’une population abondante de carpes à grosse tête et de carpes argentées a des répercussions négatives sur l’état corporel des espèces planctonivores, par exemple, le buffalo à grande bouche et l’alose noyer, parce que les régimes alimentaires de ces espèces se chevauchent (Irons et coll. 2007). Une invasion de carpes à roseau entraînerait une réduction de la biomasse de la végétation aquatique, ce qui aurait des répercussions négatives sur les espèces indigènes comme l’achigan à grande bouche et le crapet arlequin (Wittmann et coll. 2014).

Prevention, Monitoring and Detection

Il existe des méthodes de prévention, de surveillance et de détection des carpes asiatiques, par exemple, la barrière électrique à Chicago, la surveillance effectuée au moyen de matériel conventionnel (c.-à-d. la pêche électrique et la pêche au filet) et le programme d’ADN environnemental (ADNe). Actuellement, la méthode ADNe est utilisée comme méthode de détection précoce. Elle peut détecter le matériel génétique mué par les organismes dans leur environnement. Les nouvelles méthodes cherchent à créer des indicateurs propres à chaque espèce en vue de mieux détecter les carpes asiatiques (Farrington et coll. 2015). Plusieurs espèces aquatiques envahissantes des Grands Lacs ont utilisé le canal Welland comme voie d’accès reliant le lac Érié au lac Ontario; cependant, les mouvements précis de poissons dans ce canal sont inconnus (Kim et Mandrak 2016). La télémétrie acoustique a permis de déterminer que 7 poissons marqués sur 139 (3,9 %) s’étaient déplacés entre les lacs Ontario et Érié en utilisant le canal, ce qui démontre que les poissons peuvent traverser le canal, mais que les écluses en limitent la dispersion (Kim et Mandrak 2016).

Comment pouvons-nous empêcher les carpes asiatiques de pénétrer les Grands Lacs?

De nouvelles recherches sont en cours pour examiner plus d’options aux fins de la prévention. Les barrages à bulles d’air sont un moyen de dissuader les carpes asiatiques de se déplacer. Les barrages à bulles d’air utilisent des bulles d’air pour produire des bruits forts et créer de remous dans l’eau. Une étude expérimentale a démontré que cette technique permettait de repousser de 73 % à 83 % des carpes à grosse tête et des carpes argentées (Zielinski et Sorensen 2016). On étudie aussi l’utilisation du dioxyde de carbone comme moyen répulsif. On a découvert que les carpes à grosse tête évitaient les milieux où la concentration en dioxyde de carbone était plus élevée; en outre, plus le dioxyde de carbone se répandait dans le milieu étudié, plus les carpes à grosse tête s’éloignaient de la source (Donaldson et coll. 2016). On a découvert aussi que les moyens de répulsion acoustiques étaient efficaces pour lutter contre la carpe asiatique. La carpe argentée a démontré un comportement habituel lorsque confrontée à des moyens de répulsion acoustique (Vetter et coll. 2015). Elle réagissait et s’éloignait de la source plusieurs fois; cependant, elle a fini par ignorer la source, ce qui indique qu’il faut un stimulus sonore complexe comme moyen de prévention et de lutte contre les carpes asiatiques (Vetter et coll. 2015).

Quel est le moyen le plus efficace de détecter les carpes asiatiques?

Pour bien contrôler les carpes asiatiques et lutter contre ces espèces, il faut comprendre comment les détecter. La détection précoce des carpes asiatiques permet de réagir rapidement et de maîtriser la situation. Afin de mieux comprendre où il faut rechercher la présence de la carpe asiatique en cas de son arrivée, les scientifiques canadiens ont fait la modélisation de ses exigences en matière d’habitat et ont trouvé les correspondances avec les habitats canadiens en vue de déterminer les endroits qui conviennent bien à ces espèces (données non publiées de Pêches et Océans Canada). On continue de préciser ces résultats au moyen de nouveaux outils et à mesure que de nouvelles données sont disponibles afin de continuer à repérer les habitats à risque. Étudier les déplacements des carpes asiatiques nous permet de savoir où et quand mettre en œuvre des mesures de contrôle et de lutte. À l’aide de la télémétrie acoustique, qui permet de surveiller la direction des déplacements des carpes, la distance parcourue et le temps auquel les déplacements ont lieu, les recherches récentes indiquent qu’il est utile de viser des saisons particulières (printemps et début de l’automne) et des endroits précis (eaux dormantes) à des fins de contrôle dans la rivière Wabash en Indiana (Coulter et coll. 2015). Cette recherche donne des renseignements utiles qui peuvent nous aider à utiliser des méthodes de détection existantes.

Contrôle

Il est important d’étudier les méthodes de contrôle qui peuvent éliminer efficacement les populations de carpes asiatiques ou empêcher leurs déplacements et minimiser les éventuels dommages. Il faut aussi que ces méthodes empêchent les répercussions nuisibles sur les espèces indigènes.

Des prédateurs indigènes des carpes asiatiques existent-ils en Amérique du Nord?

L’un des problèmes courants que présentent les espèces envahissantes est qu’elles n’ont pas de prédateurs dans leurs nouveaux écosystèmes. C’est aussi le cas des carpes asiatiques. Les juvéniles de la carpe sont une proie pour les poissons prédateurs indigènes tout juste après le frai, mais la prédation diminue au fur et à mesure de la croissance rapide des carpes (Anderson 2016).

De récentes recherches ont fait état de la présence de carpes asiatiques dans le régime alimentaire des loutres de rivière en Illinois (Feltrop et coll. 2016). Si les loutres de rivière sont de plus en plus attirées par les carpes asiatiques, elles pourraient devenir un agent de contrôle biologique efficace.

 Les carpes asiatiques ont-elles d’autres utilités?

Puisque la prédation n’est pas toujours efficace en soi, il faut envisager d’autres options. Actuellement, aux États-Unis, on étudie la possibilité d’utiliser les carpes asiatiques comme engrais, aliments pour animaux ou aliments destinés à la consommation humaine. Dans un essai aveugle mené par le Missouri Department of Conservation, les sujets interrogés préféraient la carpe argentée à raison de 2 contre 1 par rapport au tilapia et au poisson-chat (Phelps 2016).

Les phéromones peuvent-elles nous aider à contrôler la carpe asiatique?

On a mis à l’étude l’utilisation des phéromones pour le contrôle des lamproies et des recherches à ce sujet sont en cours pour les carpes asiatiques. On a découvert que les carpes asiatiques évitent les phéromones d’alarme (c.-à-d. les phéromones d’un prédateur) et qu’elles sont attirées par les signaux chimiques des phéromones de rassemblement en bancs et des phéromones sexuelles (Little et coll. 2014). Ces résultats ont des implications pour la capture et la répulsion des populations de carpes asiatiques.

Références

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